Lettre à l’autre.

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22 septembre 2010 | Dans Personnel | Par imnotalone
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Tu n’es pas là. Je rentre dans le salon et ne te trouve pas sur le canapé. Je vais me coucher et ne te sens pas allongé. Je me lève et ne te croise pas dans la salle de bain. Je n’entends pas ton pas dans l’escalier. Tu as occupé ces espaces, tu as meublé ma vie. Jusqu’à n’être qu’une évidence, une présence continue, un repère visuel, olfactif et sonore, une constante, ma constante. Tu étais, là.

Tu as essayé cent fois de me dire que tu étais mal, que tu avais mal. Que j’étais indifférente. Que ça te blessait, chaque jour. T’oppressait, te minait. Mais de quelle froideur parlais-tu? Est-ce qu’un poisson regarde avec amour le rocher au milieu de son bocal ? Ca ne l’empêche pas de tourner autour toute sa vie.

Tu attendais l’impossible. Une passion renouvelée. Tu me disais blasée, je te trouvais naïf. Tu refusais le tiède, je me lovais dans ce putain de compromis qu’on appelle la vie. D’ailleurs en quoi, selon quels dictats, est-ce un « compromis » ? Celui des magazines ? Alors il fallait grandir un peu chéri, ou prendre une dose de testostérone puisque cette presse est dite ‘féminine’. Qui t’avait mis en tête cette vaine quête d’amour infini, absolu, éternel ?

Aimer notre vie, nos projets, nos choix, ce que nous faisons, ce que nous partageons, oui ! Pourquoi fallait-il que je t’aime aussi, toi ? Enfin, selon ta définition. Résumer l’amour au sentiment d’adolescent qui vous serre les tripes dans les premières semaines, et vous rend malade à chaque absence, c’est un peu court, non ? N’avions-nous pas le droit de vivre ensemble paisiblement, en partenaires, en confiance, en cohérence? Et avancer.

Tu t’es entêté à penser que la tendresse, la complicité, le respect, l’affection n’étaient que de fades déclinaisons de ce qui nous avait uni, là où je voyais un aboutissement. Telle une femme qui se sent toujours impure sous le regard accusateur de l’intégriste, j’étais fatiguée de cette pression, de ce jugement sur nous. La barre était trop haute. Ce que tu prenais pour de la distance était de l’épuisement. Et de la colère. D’endosser le rôle de celle qui déçoit.

Ayatollah de la vie de couple, tu as décidé que le bonheur devait être exigeant. Que c’était un travail d’orfèvre, un challenge permanent, et que je ne te donnais pas assez. Tu me voulais servile, tout entière vouée à ma fonction d’amoureuse transie. Tu as refusé l’acceptation. Du temps qui passe, du sentiment qui mue, des gestes qu’on ne fait plus.

Tu m’as quittée. Tu nous as quittés. Laisse reposer les cendres déjà froides, épargne moi, épargne nous, tes critiques et ton fiel. Jette-moi la pierre comme on pause un fardeau, je ne me sentirai pas coupable. C’est toi qui as choisi d’être malheureux dans la vie que nous avions construite. Tu es sorti du bocal. Tout seul.

Et maintenant? Je continue à tourner. La belle affaire.
Tu n’es plus là.

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9 réactions énergiques à propos de “Lettre à l’autre.”

  1. JeanSeb dit :

    Mais qui peut se satisfaire d’être un rocher autour duquel on tourne?

  2. Loiseau2nuit dit :

    Outch ! Ca pique ! :-/

    Courage !

  3. Jules dit :

    J’aime bien. J’aurais pu être lui, mais je fais d’autres choix.

  4. Mathilde dit :

    wow. le fameux coup du poisson rouge…

  5. imnotalone dit :

    Merci à tous pour vos commentaires!
    @JeanSeb Le rocher?
    @Loiseau2nuit Ne t’inquiete pas, c’est une histoire, pas forcément mon histoire… #touteressemblanceavecdespersonnagesblablabla
    @Jules Tous les choix sont bons, s’ils sont assumés, non?
    @Mathilde ah, ce poisson est vicieux c’est bien connu… à moins que ce ne soit le bocal ;-)

  6. JeanSeb dit :

    Un rocher je pense que ça aspire à émerger, à jaillir tel une île. Evolve or die comme on dit.
    Ou au moins à ce qu’on soit à l’écoute de son désir, sinon il change de bocal.
    (enfin, c’est ce que j’ai pu constater, que j’aie été rocher ou poisson…)

  7. Sweb dit :

    Boh… :/ Dur. Courage…

  8. Mam'Julie dit :

    Whouuu, j’espère juste que c’est une histoire et pas ton histoire … que tu ne viens pas grossir le clan trop nombreux des mères divorcées. Mais si jamais … beaucoup de courage à toi.

  9. imnotalone dit :

    @JeanSeb chaque histoire est particulière… la quete d’absolu peut devenir invivable pour celui qui aspire à une relation sereine. Le poisson aurait tout aussi bien pu sauter hors de l’eau. Et puis n’est pas Gaspard Sauvage qui veut ;-)

    @Sweb et @Mam’Julie cf ma réponse @Loiseau2nuit… heureusement que les auteurs ne sont pas les protagonistes de toutes leurs histoires!

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