Et si…

in_out

29 janvier 2012.

Il est fatigué. Toute cette agitation, depuis tant d’années. Des mouvements et des bruits, continus, autour de lui et dans sa tête. Il voudrait juste se poser. Ne plus réfléchir, ne plus décider, ne plus regretter,  ne plus choisir, ne plus contrôler, ne plus flatter, ne plus trahir, ne plus être épié, ne plus transiger, ne plus argumenter, ne plus décevoir, ne plus anticiper, ne plus énerver, ne plus devoir plaire, ne plus convaincre, ne plus mentir,  ne plus agir, ne plus représenter.

Il a réservé le 20h. 4 chaines pour l’occasion.

Il imagine l’effet des mots, relis ses fiches. Les deux versions. Celle commandée à ses conseillers, ciselée, relue, revue, débattue sur chaque terme. Et l’autre. Reprendre le combat ou les laisser se débrouiller. Ils sont tous tellement pétris de certitudes !

Il sent encore l’adrénaline, l’émotion qui lui parcourt l’échine sous les ovations. Il entend la clameur. Il veut revivre son Bercy et se sentir messie. Bien éphémère victoire avec le recul. Il se dit que, forcément, vers la crucifixion il n’y avait qu’un chemin. Les quolibets, les attaques, les moqueries, les critiques, les injures, il voudrait que tout s’arrête, maintenant. A lui la dolce vita !

Tentant.

Et puis il les a préparés doucement, par petites touches. Et si en tant que moi-même, un seul mandat me suffisait ? Ils n’ont rien entendu, ou rien voulu entendre. Et prendre une obligation de résultat en présence d’aléas ce n’était se donner une porte de sortie peut-être? 5% franchement…   Tout est en place pour les envoyer se faire voir. Royalement, pour boucler la boucle.

Ahah ! Il imagine le tsunami. A défaut d’autre chose, sans doute la seule façon de finalement marquer l’Histoire politique. Les cartes redistribuées, les plans ébranlés, l’ébullition, la déstabilisation, la panique. L’espoir aussi. Il dirait son altruisme, qu’il fallait donner une chance aux idées puisque l’homme est condamné. Tous les grands stratèges et les communicants, qu’est-ce qu’ils feraient de leur programme « tout sauf » hein ?  Il ne serait pas le lâche, mais le réaliste.  Politique responsable, pas démissionnaire. Il dirait que c’était prévu, ou que c’est courageux, qu’il l’avait annoncé et que c’était son devoir.

Il pense aux « siens » à l’affut, si prompts à l’estocade, fiévreux d’ambition, prêts à renier les années de soutien pour sauver leurs sièges (dans tous les sens du terme). Il ne sait pas si ça le blesse ou si ça l’amuse. Après tout, qui leur a montré la voie ?
Ah vous la trouviez morne et triste cette campagne ? Un peu d’action ! Moins de cent jours pour relever le challenge…  allez les gars, marchez sur le bilan, balancez vos promesses, racontez n’importe quoi, au front ! Divertissez-moi, je suis las.

Il regarde sa montre, encore 5 minutes.

Tout ça pour quoi ? 5 ans de luttes, encore. Il faut de l’envie, de l’engagement, de la foi. Tous autant qu’ils sont avec leurs besoins, leurs revendications, leurs utopies, leurs budgets, leurs privilèges, leurs petites vies étriquées, qu’ils aillent au diable ! Il pense à ses erreurs, les compte, les dissèque, les rumine, les balaye. Il en fera d’autres, et tout recommencera. De toute façon, tout recommencera.

Il tripote nerveusement son téléphone, repense au temps des SMS. Il pourrait bien tweeter « vous me gonflez, j’annule tout », et basta. Moderne, retraite 2.0.

Mais et si…? S’il pouvait leur prouver à tous ces oiseaux de mauvaise augure, instituts, journalistes, blogueurs, barmen et consorts qu’il est de ceux qui gagnent. Quelle revanche! Seul contre tous, engagé, enragé. Il entend crépiter les flashs et le froissement des vestes qui se retournent. Il scrute les mines hagardes de ses adversaires. Son rêve tient en un seul mot : cohabitation. Laisser les autres se débattre dans le bourbier national. Il se rejoue les sommets, les poignées de mains, les photos, les saluts, les courbettes, les ors. S’afficher aux côtés des grands du monde, haut et fier sur ses talonnettes, élevé au rang des donneurs de leçons, rendu de facto irresponsable des contingences hexagonales.

Il s’évade.

Y aller, c’est se battre, encore. Comme un chien. Impossible de perdre. Il s’invente une posture, mais il sait bien qu’il ne supporterait pas la défaite. La fin, oui. Changer de vie, oui. L’humiliation de l’échec non. Putain de sondages. Même pas sûr de passer le premier tour. Combien de discours à préparer par point à remonter? Non, il ne veut pas, ne peut pas perdre. Tout sauf… la honte. Qu’est ce que je disais j’autre jour déjà? ah oui «  Si l’on veut être aimé dans le futur, il faut couper. » Les laisser décider de mon sort? Jamais. Non, ne pas laisser aux français tirer les conséquences.

Pourtant, quand j’y pense, impossible de se dire que le Sommet du G20 en Juin à Los Cabos se ferait sans moi.
Coup du sombrero, renoncement, acharnement ou résilience ?

« Monsieur le Président, c’est à vous. Antenne dans  5, 4, 3…»

« Françaises, Français, j’ai décidé de… »

Partagez !

Un avis respectable à propos de “Et si…”

  1. Mathieu dit :

    « …dissoudre l’Assemblée nationale » ?

  2. Vincent dit :

    « C’est ma responsabilité que de placer l’intérêt de la France au dessus de mon ambition personnelle »
    Coup de tonnerre au sein de la majorité, retrouvez la déclaration du 26 janvier de Nicolas Sarkozy dans son intégralité :

     » Pendant ces cinq années j’ai défendu sans relâche les intérêts de la France.

    Le gouvernement et moi même n’avons eu cesse de redresser notre pays, notre pays qui fait face à des défis sans précédent, dans un contexte économique détérioré par deux crises successives, la crise des subprimes puis la crise de la dette des états européens.

    Jamais autant de réformes n’ont été accomplies en cinq ans. La réforme des retraites, à laquelle personne n’avait osé s’attaquer, et qui permet de préserver notre modèle social.
    Le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui est notre principal levier d’action contre le déficit.
    La réforme des universités qui sont désormais maîtres de leur budget, du choix de leurs enseignants, du développement de leurs campus.
    Le grenelle de l’environnement, les peines plancher pour les récidivistes, aucun sujet n’a été oublié, nous n’avons pas caché la poussière sous le tapis, nous avons fait face.

    Avec la politique qui a été menée par le gouvernement et moi même, je veux dire aux français que la France est sur la bonne voie, même si nous traversons des difficultés, nous nous en sortons mieux que beaucoup de nos voisins européens.

    Il reste des progrès à accomplir, nous y travaillons chaque jour.
    J’ai toujours dit la vérité aux français, dès 2007 j’ai souligné la nécessité de réduire le train de vie de l’état, de réformer notre pays. L’immobilisme, les promesses de l’état providence, le laxisme budgétaire et le poids de la dette nous conduisait droit dans le mur.

    Je veux dire aux français que la France peut sortir de cette crise, que l’Europe va sortir de la crise. Avec Angela Merkel, ainsi que l’ensemble de nos partenaires européens, nous avons pris des mesures fortes afin de réduire les déficits et de maîtriser nos budgets. Ces efforts porteront leurs fruits.
    Face à la crise, nous devons continuer le travail entrepris. Je sais qu’il serait plus facile de faire des promesses, je sais qu’il est plus populaire d’ouvrir les robinets que de demander des efforts, j’ai conscience que parfois mon impatience et ma détermination ont pu agacer.

    Je sais tout cela. mais je sais surtout que cinq années passent vite, je sais qu’il faut agir, sur tous les fronts, et avec détermination, sans perdre la cap, il faut encaisser les coups et les critiques des commentateurs. Moi j’étais dans l’action, l’action au service de la France et non pas au service d’un quelconque destin personnel.

    J’arrive bientôt au terme du mandat que vous m’avez confié. Un mandat marqué par une crise inédite dans son ampleur. Malgré cette crise la France est restée debout et c’est cela qui compte, c’est là dessus qu’il faut capitaliser pour continuer à avancer.

    Aujourd’hui, je prends la mesure de la responsabilité qui est la mienne, celle du Président de la République. La responsabilité immense qui est la mienne devant la France, devant les français, devant l’histoire.
    J’entends les critiques et les attaques personnelles. Mais derrière l’homme, il y a le travail accompli avec le gouvernement et la majorité. Il y a les faits, les résultats, et il y a cette formidable dynamique qui est engagée.

    Ces dernières semaines j’ai beaucoup réfléchi, et je sais que le destin de la France est plus important que l’homme qui le porte, seules comptes les idées, le projet et l’action. Nous n’avons pas à rougir de notre bilan, bien au contraire.
    Je sais que nous sommes sur la bonne voie et que notre projet, inscrit dans la continuité des efforts entrepris, est le bon.

    Ce mandat n’était pas pour moi sous le signe de la séduction, mais sous le signe de l’action et de la vérité, et c’est sur l’action et la vérité que se construira le prochain quinquennat.

    J’entends les français, j’entends les enquêtes d’opinion, certains de nos élus et de nos militants. Celui qui réforme n’est pas populaire.
    Durant ces cinq années je n’ai cessé un seul instant de servir la France, partout, je n’ai pas ménagé mes efforts, certains me reprochent d’en avoir trop fait, d’autres pas assez, l’histoire dira la vérité.

    Pour continuer le travail entrepris, vous pouvez compter sur l’expérience et la détermination du gouvernement et de la majorité. Combattre la dette, responsabiliser la finance, aider nos entreprises, réduire le chômage, il n’y a pas de fatalité.

    Pour ma part je serai dans l’action jusqu’au dernier jour du mandat que vous m’avez confié.
    Un capitaine n’abandonne pas son navire en chemin. Jusqu’au bout je continuerai de travailler au service de la France et du redressement du pays, n’en déplaise à certains.

    Mais au terme de ce quinquennat, je ne solliciterai pas vos suffrages pour un second mandat. C’est ma responsabilité que de placer l’intérêt de la France au dessus de mon ambition personnelle. Ma personne a cristallisé beaucoup d’incompréhension et de rancoeur, je le comprends et je l’accepte, c’est le lot de ceux qui agissent.

    Je passerai donc le relais à un autre, mieux à même de défendre notre projet et de continuer à porter haut et forts nos valeurs.

    Ma seule ambition a été de servir la France et soyez certains qu’au sein de la majorité nous avons les ressources nécessaires pour affronter les années qui viennent avec courage et détermination.

    La campagne se fera projet contre projet, l’élection n’est pas faîte.
    Nous avons un bilan, nous le défendrons, nous avons fait la moitié du chemin, et après moi, le travail continuera, et la France retrouvera toute la place qui est la sienne.

    Vive la République, Vive la France. »

Laisser un commentaire