Le jeune homme et la mer

Mais vas-y, approche, encore, viens plus près jeune inconscient. Caresse ma surface d’huile, prends le pouls de mes courbes chaloupées. Sens ma force quand je m’abats sur toi. Plisse les yeux quand je t’éblouis, ferme les quand tu t’enfonces en moi. Tu ruisselles, plonges encore et t’essouffles.

Je t’emmène au large, rabats tes cheveux mouillés sur ton visage d’ange. Je t’attire toujours. J’en suis flattée.

Le soleil fait luire tes épaules fortes et nues. Tu ne patauges plus, tes mouvements se font plus fluides, tu vas plus loin, tu t’enhardis. Tu accélères et te dépasses. Tu es bien sûr de toi tout à coup.

Tu as déjà oublié que j’ai englouti tes bateaux, dévasté tes villages, inondé tes maisons. J’ai nourri tes parents depuis des générations mais j’ai façonné les côtes de tous les continents. Tu ne te souviens pas de mes colères, quand je gronde et me déchaîne ? J’ai brisé mes assaillants, ne me suis jamais piéger. Chaque fois, je me suis infiltré puis échappé. Infidèle, tu ne me rendras pas non plus captive.

Et tu ne me crains plus ? Pauvre fou. Viens encore un peu, un tout petit peu plus loin et donne-moi ton dernier souffle alors que je t’engloutis.