Le paratonnerre

Il m’a fallu un peu de temps pour reprendre mes esprits. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner, les chaînes d’infos tournaient en boucle. Reclue, cloîtrée, je n’ose sortir. Mes amis me protègent du mieux qu’il peuvent mais les silences sont longs. Ils ne savent quoi dire. Alors on tergiverse sur le pourquoi d’une conspiration, ses auteurs, les moyens mêmes. Parfois ils inventent des théories alambiquées et en rient espérant que cela me décrochera un sourire mais non, je suis inquiète.

Inquiète de le savoir arrêté, de ne pas savoir quand je pourrai le revoir, inquiète de la façon dont les enfants le vivent mais surtout inquiète du geste. J’ai beau avoir indéfectiblement soutenu Dominique à chaque fois, je ne peux ôter cet affreux doute de mon esprit. Je reçois les coups à sa place, je pare ceux des adversaires pour lui, je m’emploie à préparer le terrain de sa candidature, je renouvelle publiquement sans cesse ma confiance en lui mais cette fois…

Et si cette Nafi Satou Diallo, celle dont tout le monde tait le nom était vraiment une victime. Je ne peux m’empêcher de cette fille, peut-être ignorée, blessée, manipulée… Et si Dominique avait vraiment… je ne peux y penser mais cette idée s’insinue dans mon corps si elle ne traverse pas mon esprit quand je prends du recul. C’est viscéral mais quand je réfléchis, je ne peux pas me l’imaginer en train de…

C’est peut-être cela qui m’a fait mettre autant de temps pour envoyer mon communiqué à l’AFP. Ce tout petit doute qui subsiste même si je n’en ferai jamais état en public. Je sais qu’il y a malentendu, je sais qu’il n’a pas pu mais j’ai cette désagréable sensation de doute dans l’expectative.

Peu m’importe la politique, l’avenir, les élections, je donnerai tout pour une certitude. Être sûre, savoir. Peu m’importe l’Elysée, le retour en France, la reconnaissance de mon travail dans l’ombre ces dernières années. Je ne veux qu’une vérité. « Je n’y crois pas une seule seconde » mais de temps en temps je me laisse surprendre à m’en effrayer, un dixième de seconde…

Martine a dit « coup de tonnerre », une fois de plus je vais me tenir droite, digne, à ses côtés et le soutenir. Après tout, chaque fois qu’il s’est attiré les foudres, j’ai été là, moi, son paratonnerre.