Le permis d’être parent

La capote a craqué. Un bébé… L’idée avait été évoquée, mais jamais validée. Quand on en discutait, on hésitait. Étions-nous prêts ? Prêts à l’élever, à mettre de côté notre vie de couple, à devenir responsables, à sacrifier nos nuits, à lui laisser de la place dans le congélo… Nos doutes repoussaient l’échéance. Mais là, il s’est invité tout seul. Ça peut paraître idiot, mais on le voit comme un signe du destin. On va le garder.

Mais avant, on doit passer le test. Pas médical, mais administratif. Sur le modèle du permis de conduire, l’Etat a mis en place le permis d’être parent. Il se base sur le même concept : cours théorique, mise en pratique, test pour obtenir le permis et système de points ensuite. A chaque infraction (oubli de l’enfant dans la voiture, manque d’aide pour les devoirs, trop de temps devant la télé…), on vous en retire. Si vous les perdez tous, vos enfants vous sont retirés. Si vous échouez au permis avant la naissance, vous devez avorter.

On avait vaguement feuilleté le code de la famille ces mois derniers, mais désormais on l’étudie très sérieusement. On a également débuté nos heures de bonne conduite parentale, et déjà affronté l’une des plus délicates étapes : la sortie dans un centre commercial avec un garçon fatigué et colérique. Ils nous avaient refourgué un vrai petit tyran. On avait réussi à garder notre calme jusqu’au troisième magasin de bonbons. Là j’ai perdu le contrôle de mes nerfs, et je lui ai hurlé dessus. Le moniteur a immédiatement repris le contrôle de l’enfant et stoppé la séance. Mis à part cet incident, on s’en sort plutôt bien. L’épreuve du concert de Justin Bieber avec une ado hystérique n’a pas été évident à endurer, mais on l’a supportée sans la frapper.

Demain, c’est le grand jour : on passe le permis. Si on le rate, on devra avorter, car après on aura dépassé les délais. Il faut que l’on réussisse. Ce système inspiré du permis de conduire paraissait inimaginable en 2010 encore, mais en dix ans les mentalités ont beaucoup bougé. L’école ne suffisant plus à inculquer des valeurs à des gamins en perdition, l’Etat a dû intervenir à la source-même des problèmes, les familles. Avant, cela aurait pu paraître choquant, aujourd’hui on trouve cela rassurant et normal. Aujourd’hui, c’est la situation d’autrefois qui parait aberrante. Franchement, permettre à tout le monde d’avoir des enfants… Quelle drôle d’idée.

Le réveil sonne. Douche, petit déj’ et dernières révisions. Direction ensuite la salle d’examen. L’épreuve finale consiste à passer trois jours entiers avec un ado rebelle. Parmi les tests : fouiller dans sa chambre, dans son téléphone ou son Mac sans se faire choper afin de récolter de précieux renseignements, surveiller ses fréquentations, être à l’écoute mais aussi savoir se montrer ferme, déceler les raisons de son mal-être, trouver des solutions appropriées… Bref, le défi s’annonce délicat, mais on préfère l’affronter ici, de manière fictive, que dans 15 ans dans la vie réelle. Vous ne trouvez pas ce permis vraiment nécessaire ?