Les cons de la Saint-Valentin

Guillaume

Et si la soirée de la Saint Valentin devenait un dîner de cons ?

C’est l’idée que nous avons eue. Tout comme moi, Ophélie n’a jamais aimé la Saint Valentin. Nous ne l’avons jamais fêtée, ne souhaitons pas nous plier à la pression sociale. Mais cette année, nous avons envie de faire quelque chose de spécial. D’inédit. Nous inspirant librement de la célèbre comédie avec Jacques Villeret et Thierry Lhermitte, nous allons nous organiser un dîner de cons. Nous irons au restaurant avec un couple de cons, afin de nous divertir.

La phase du “casting” a été délicate. Nous avons longtemps cherché le couple idéal : dans la rue, bars, restaurants… Avant de tomber sur LE duo parfait : Steven, plombier ayant participé à la télé-réalité « La plage des salopes » en 2006, et Rebecca, caissière au Monoprix, 2ème dauphine de Miss Poitou-Charentes en 2007…

Steven

Ha Ha Ha ! Dire qu’on se fait offrir notre dîner de St Valentin, c’est pas beau ça ?! Les potes ne vont jamais me croire quand je vais leur raconter ça demain à la salle de sport.

Sans déconner, t’es là tranquillement à faire tes étirements sur le pont des Arts après ton jogging quand un couple s’approche de ta femme et toi, te reluque bizarrement et te demande finalement si ça te plairait de dîner au restaurant avec eux le lendemain soir pour la St Valentin ! Dingue non ?

Ils nous ont dit qu’ils aimaient bien rencontrer de nouvelles personnes, qu’ils préféraient faire de nouvelles connaissances plutôt que de « passer la soirée comme deux bêtas avec une chandelle au milieu comme se sentent obligés de le faire la plupart des couples ». Tu parles… J’ai vu clair dans leur jeu. Y’a pas de doute, ils ont kiffé nos muscles, mes pectoraux et les petites fesses de Rebecca moulées dans son short.

« Faire des rencontres »… Ha ha ! Je vois bien quel genre de rencontre ils cherchent. Je suis sûr que Rebecca n’a même pas compris ce qui se tramait. Elle est naïve la petite mais je suis sûr que ça ne lui déplaira pas !

Ophélie

Brave Guillaume… Il n’a pas suffit de grand-chose pour qu’il pense que c’était une idée commune, c’est que je sais le manier mon si gentil mari. Il a même pensé que la « rencontre » était fortuite.

Oh oui, on va faire un diner de cons le soir de la Saint Valentin. Cher ami, si tu savais…

Depuis le temps que je vois passer Steven devant mon bureau quand il revient de son entrainement, tout en sueur et en tension. Ca remonte à cette émission de TV. J’étais devenue complètement accro. Je regardais, comme hypnotisée, son corps d’athlète, ses yeux avides, sa passion dominante, ses désirs puissants, je dégustais chacune de ses réflexions de macho, devenues cultes. Un homme bordel ! Un vrai mec. Cinq ans de fantasmes.

Ah toi et tes conventions, ton statut social, ta prestance chérie! C’est sûr que ça ne me disait rien, la « fête des amoureux » en tête à tête, toi engoncé dans ton pull en cachemire, tes velours côtelés et ta bienséance lisse. Tu n’as donc pas compris que je n’en pouvais plus, que je rêvais d’autre chose ?

Oui, elle va être différente cette Saint Valentin, spéciale, inédite. Un diner de cons, mais le con n’est pas celui que tu crois Guillaume.

Rebecca

J’avais pas tout compris ce que Steven il voulait dire mais ça avait l’air bien quand on est rentrés dans le restaurant. Au jour d’aujourd’hui, je suis plutôt contente d’être avec lui, il m’en fait rencontrer du beau monde dans les soirées. Et il me dit que j’ai qu’à rester nature… Franchement, depuis que je suis avec lui, c’est que du bonheur.

Quand je suis rentrée dans le restaurant tout le monde a kéblo sur ma poitine. Les gens étaient habillés avec un grand « A ». Je me suis dit que j’avais peut-être mis un décolleté plus profond que ma capacité de conversation mais bon, je voulais me faire sexy pour l’occasion.

Ophélie était sympathique, on a rigolé comme de vieilles copines. Elle arrêtait pas de me sourire et de regarder Steven assis juste à ma droite. Mais le Guillaume, il était quand même pas très drôle. J’ai fait plein de blagues mais il rigolait même pas. Il était triste comme un banquier. C’est vrai quoi, les banquiers, j’en vois souvent à mon coiffeur quand je vais à la décoloration où à Monoprix ; ils sont pas marrants…

Enfin tout ça, ça doit venir de sa femme quand même parce qu’Ophélie, ses grands sourires et tout je savais ce que ça cachait. Faut pas me la faire à moi. Malgré que je suis blonde, je suis pas née de la dernière pluie… j’ai bien senti deux ou trois fois son pied contre ma jambe sous la table… Alors autant je veux bien que la première fois ça a pu être un accident mais autant, je suis sûre qu’en fait elle m’aime bien. Je comprends mieux pourquoi Guillaume fait une tête de six pieds sous terre… Sa femme elle a essayé de m’envoyer un message et en fait plus elle s’approchait de ma jambe plus je me disais pourquoi pas après tout… Du bout de mon pied, j’ai donc commencé à caresser sa cuisse…

Guillaume

La soirée commence à prendre une tournure bizarre. Je sens beaucoup de pieds bouger… j’ai l’impression que la fin de la soirée se décide sous la table. Et je ne suis pas sûr d’être convié à l’après-dîner. Bizarre. Je vais me resservir à boire moi… A vouloir me moquer de cons, j’ai l’impression que cela va se retourner contre moi. Non, non, pas possible. Ophélie ne pourrait pas être attirée pas un con comme Steven. Et ce look, mon dieu… Son décolleté est plus plongeant que celui de sa femme. Niveau vocabulaire, ils sont à égalité. Limité au niveau CE1. Comment un type comme ça pourrait foutre en l’air tous nos plans ?

Quand même, il se passe beaucoup de choses sous la table…