L’instant de Nadal

“Ne pense pas au point suivant, ne pense pas à ton avance, reste concentré sur chaque point” me répétais-je sans cesse tout au long du match.
Je ne lui laisserai pas une balle. Je courrai sur toutes, jamais je ne baisserai ma raquette avant de m’être précipité d’un bout à l’autre du court.

Cette année, le genou tient bon, aucune douleur ne vient me gêner, aucun short trop serré non plus ceci dit. Rien n’entrave ma concentration. Les cris d’encouragement du public sont comme lointains, Wimbledon est un public parfait pour ça. Les bruits de mon tamis contre la balle lorsque j’assène mes coups droits emplissent vraiment l’air. Quand Berdych ou même Murray le font, c’est la même chose. On sait quand la balle va arriver, où et à quelle vitesse. On pourrait y jouer les yeux fermés en se fiant au bruit.

On y est, c’est fini. Huitième Grand Chelem ! Je peux enfin exulter, tout lâcher. Je suis heureux, extatique. On vient me parler de l’US Open. De la même façon, je ne me projette pas. D’abord, il va falloir décompresser, filer à Majorque faire la fête avec les potes. Un mois de répit, sans ce stress des finales. Sans l’angoisse de la blessure, bien plus paralysante que celle de la défaite.

Ne pas se projeter dans l’avenir, taper coup après coup, c’est tout ce que j’ai appris à faire. C’est comme ça que je vis intensément. Parce que si je ne pense pas au futur mais que j’assure le présent, il n’en sera que meilleur.