Marée noire, haute et humaine

On entend déjà moins de musique dans les rues de La Nouvelle Orléans. On ne perçoit dans le vieux carré que le bourdonnement des chaînes d’infos que les habitants laissent tourner en permanence. Peu d’autres bruits s’échappent des fenêtres entrouvertes pour laisser entrer un peu d’air alors que chaleur et humidité commencent à grimper. Les festivals s’annulent les uns après les autres. On n’a plus vraiment le cœur à la fête mais les paroisses ne désemplissent pas. On y évoque la fatalité, l’acharnement mais on ne se détourne pas de Dieu.

Katarina, 4 ans joint aussi les mains, ferme les yeux et souhaite de toute son âme que tout se passe bien. Ses parents lui ont raconté. Elle sait que la centrale a explosé. On lui a expliqué que le Mississippi était contaminé par la marée noire, que les animaux mourraient et que ça pouvait être plus grave encore. Que ça ne se nettoyait pas facilement, que ça allait poser des problèmes dans le port, pour la pêche et les crevettes et tout ça. Elle n’irait peut-être plus dans le bayou avant des années si ça continuait. C’est ce que Maman avait dit. Et pourtant maman, elle a souvent raison et elle a généralement foi en l’avenir. Elle lui avait expliqué pourquoi elle portait ce prénom aussi. Pour exorciser le drame elle avait dit. Elle n’avait pas tout saisi au début mais en gros c’était pour ne pas rester sur un mauvais souvenir, parce qu’elle disait que plus rien de mauvais ne pouvait plus arriver. Il y avait beaucoup d’avions ces derniers temps. La ville était tantôt agitée tantôt vidée. Tout le monde était fébrile. Les gens attendaient. C’est comme si tout flottait dans la ville.

Katarina rouvrit les yeux, on allait chanter dans l’Église. Et malgré toute l’inquiétude, tous les doutes ce sont des voix pleines et posées qui ont chanté des chants d’espoir de façon sincère et convaincue. Cette nouvelle catastrophe n’allait pas non plus altérer la ferveur de la Louisiane.