Monogamie on the rocks.

Dévasté.
20 ans de vie commune, des enfants. Elle le quitte.
Une aventure, la rupture, l’électrochoc. Plus de repères, le déni, la douleur, les doutes, le fond.

Une histoire banale. L’ordinaire de la vie des autres. Extérieur. Mais qui poisse. Un goût rance et tenace. 

Ils sont bien assortis. Une complicité éclatante devant leurs relations admiratives. Ils sont un fait. On les appelle « Lui et Elle ». Toujours. Belle affiche. Ils se parlent, rient, communiquent – dixit le manuel-, n’oublient pas un anniversaire, s’inquiètent si l’autre rentre tard, font des projets et des albums photos, partagent leurs copains, s’appellent « chéri » parfois, aiment leurs enfants et les même films, souvent. Exemplaires.

Mais derrière les murs, sur le canapé du salon design, devant l’évier de la cuisine high-tech ou sous la couette Ikea, que restait-il, d’eux ?

Qui se souvient des papillons dans le ventre, des picotements dans les reins, du cœur qui s’accélère à la sonnerie du téléphone, du temps passé pour se séduire, du besoin de se toucher, des sms qui font vibrer, du désir en ouvrant la porte?
Ils ne s’ouvrent plus la porte. Chacun a ses clefs. Depuis longtemps.

La mauvaise note de l’ainé, la facture à payer, le prochain voyage à organiser, la nounou qui les lâchent, le ménage si cyclique, les repas similaires, la chambre à refaire, remplissent leurs temps libre, qui ne l’est plus.
Ils se connaissent par cœur. Anticipent chaque mot, chaque geste. Se disputent rarement mais toujours pour rien. Evitent certains sujets. Traitent les autres, comme on classe des dossiers. Certains sont chouettes de dossiers. « – Tu te souviens des vacances l’été dernier ? – Su-per. »
Gestionnaires efficaces de leurs biens communs, familles et amis.

Ce soir il ne se presse pas pour rentrer. « Un truc à finir au boulot, m‘attends pas ». Enfin non, il va boire une bière avec ses collègues, c’est vendredi. Elle a besoin de l’appeler. « Allo, ça va ?  T’oublie pas la réunion à l’école hein ? T’auras le temps de prendre du pain ou c’est moi ? ok, bisous, à tout’». Bon, ben, j’y vais, salut les gars. Elle va se coucher tard, elle n’est pas fatiguée. Enfin non, elle attend qu’il dorme. C’est vendredi, elle se dit qu’il va avoir envie, pas elle.

Erosion goutte à goutte. Bain brûlant qui tiédit. Lentement. Pas de réveil brutal et saisissant, pas de révélation, pas d’ « avant » daté, pas de remise en question. Longue anesthésie. Engourdissement diluvien.
Les couples durent jusqu’à ce que mort s’en suive. La mort des papillons.
Après, c’est autre chose. Mais la langue française est ainsi faite, le mot est le même.

Il se dit qu’il l’a bien méritée cette vie qu’il a construite. Ils ont tellement de chance d’avoir tout ça. Et d’être là, l’un pour l’autre. Quelle réussite !
Elle, un jour, elle a froid dans le bain quotidien. Tout devient ingérable, insupportable. Elle se sèche, elle est partie.
A la chasse aux papillons.
C’est con. Ça ne vit pas longtemps ces bêtes là, et elle était belle leur histoire.

PS : Il lit ce billet et sourit. 6 mois déjà. Finalement c’est lui qui les a attrapés, les papillons.