Une jeune femme.

Elle écoute la radio. C’est Eric qui s’y colle ce matin sur Europe.

Ils vont tous défiler, les rentrant, les sortant, les restant. Sujet en or, les journalistes s’affairent, émissions spéciales le matin, debrief le soir, live de la passation sur le perron des ministères. Les gens n’en ont cure. Ils savent que rien ne change, mais voilà de quoi occuper le barnum médiatique quelques jours.

Elle le trouve plutôt bon Eric, vraiment. Il a toujours été à l’aise dans ce genre d’exercice. Ce qu’il faut de précision, ce qu’il faut de langue de bois. Bon, il ne peut pas s’empêcher de taper sur ses anciens camarades toutes les deux phrases, mais il est dans son rôle. Et puis le fond n’a pas grande importance, de toutes façons il n’y a pas grand-chose à dire.

Le laïus sur l’énergie qu’ils m’ont subtilisée avec Christine est bien rodé. On va travailler main dans la main. Oui, oui. Bah, après tout je lui ai bien repris l’économie numérique moi en 2009 à Eric, sans pour autant être impliquée dans la création d’Hadopi, on n’est pas à une contradiction près…

Et là, innocemment, sûrement dans l’idée de sembler proche et amical, et pour montrer -sincèrement- tout le bien qu’il pense de moi, il se veut flatteur « c’est une jeune femme » intelligente et qui maitrise bien ses dossiers si j’ai bien entendu la suite, mais je me suis arrêtée à ces premiers mots là. Je ne suis pas un/une ministre, ni un membre du gouvernement, ni même encore une collègue. Magnifique. J’ai presque entendu le ‘mais’ comme conjonction de coordination. C’est une jeune femme mais elle est compétente, si si, je vous assure, elle a bien gagné sa place. Le pire c’est que ce n’est même pas méchant, ni même volontaire.

Allez, haut les cœurs, juste là où les femmes qui ont entendu l’interview ce matin ont eu un tout petit pincement. Il faudra quand même que j’essaie de placer quand ce sera à mon tour de venir commenter « Eric, c’est un mâle d’un certain âge, qui connait son sujet. »

Nous sommes en 2010 et la France, entravée dans son héritage socio-phallocrate et ses beaux discours de parité, crie « Remanie –moi ! ».