Juste un baiser.

Cela faisait bientôt 3 ans. Et tous les matins, en passant son badge et cette porte, Elle affichait le même sourire.

Elle se sentait chez elle ici. Ce n’était pas son premier job, mais Elle n’avait jamais eu ce sentiment… d’appartenance. Bien sûr, Elle aimait ce qu’Elle faisait et les gens avec qui Elle bossait, et Elle était bien payée, mais c’était un peu plus que ça. Un supplément d’âme comme dit la chanson.

Sa deuxième famille.

Elle ne vivait pas dans un monde parfait, tout n’était pas lisse et rose. Forcément il y avait des jours avec et des jours sans, des coups de gueule, des moments de stress et du ras le bol. A coté du frangin dévoué, de la cousine extra, et de l’adorable neveu, forcément une vieille tante qui pique,  et un beau-père râleur. Mais de l’envie, toujours vivace, du plaisir, électrisant, et des dimanches soirs souriants.

Motivée, enthousiaste er fichtrement douée, Elle avait pris du galon la petite. Elle ne voulait pas entendre qu’elle faisait partie des meubles, ça ne rendait pas justice à son caractère, bien trempé. Elle était sûre d’Elle. Elle avait réussi, et comptait bien faire un bout de chemin dans cette boite. Sa boite.

Son patron lui faisait confiance, et c’était réciproque. Du respect, un pointe d’admiration. Mentor, figure quasi-paternelle, quelqu’un de bien qui justifiait à lui seul une grande partie de ses heures sup.

Cette dernière affaire qu’ils avaient arrachée ensemble, ils en étaient fiers! Ils s’étaient bien battus et l’avaient amplement mérité ce resto d’autocongratulation! Et ils avaient trinqué, et Elle était heureuse. Oui. Tout dans sa vie s’emboitait comme des poupées russes. Elle avait trouvé sa place. Elle s’y lovait comme dans un chat dans un vieux canapé mou devant un feu de cheminée une après-midi neigeuse.

De retour, en sortant de la voiture, Elle lui avait encore dit merci. Merci à toi avait-t-il répondu.

Là il s’était approché d’Elle, l’avait serrée et embrassée.

Elle n’avait pas réagi. Elle n’avait pas tenté un geste, pas reculé, pas protesté. Ils étaient retournés travailler.

Elle regarde son bureau, range ses affaires, écrit calmement sa lettre de démission qu’elle laisse dans une enveloppe à l’attention de la DRH. Et fin de l’histoire.

Non, en fait, non. Elle n’y a même pas pensé en retrouvant son bureau. Elle ne pensait plus. Elle a simplement repris ses activités ; ce déjeuner à l’extérieur l’avait retardé mine de rien. Elle a fini sa journée, rêvant juste d’une douche.

Elle est rentrée chez Elle, a senti son corps se raidir quand son mari l’a enlacée pour lui dire bonsoir. Elle venait de perdre son canapé mou. Sa cheminée aussi. Elle était fissurée, la bouche toujours sale, des remords plein les trippes. Elle, c’était Elle qui ne l’avait pas giflé, apathique. Elle, c’était Elle qui n’avait pas claqué la porte. Juste son silence et son acceptation. Il faut croire qu’il y a toujours un oncle pervers aussi.

Seul timide témoin de la colère, de la peine, de la solitude, du dégout et de la culpabilité, un léger soubressaut agite un de ses genoux. Le fiel n’abîmait qu’un seul nerf.

Se lever, se laver (encore), s’habiller, prendre le métro. Automatismes. Ce matin, en passant son badge et cette porte, Elle affichait le même sourire. Elle était là, Elle choisissait.

Grosse réunion aujourd’hui. Elle est enjouée et au point, comme d’habitude.

Sous la table, un genou tremble.

imnotalone

De MILF à cougar, il n’y a qu’un canapé.
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